"Et pourtant je me sentais mal à l'aise dans ma peau."
"Il est probable que l'univers n'est ni fini ni infini, les mots fini ou infini étant des expressions qui ne veulent rien dire."
"Je n'ai pas de désirs ou j'en ai peu ou je n'en ai plus. Si j'en ai, ils ne valent pas d'être exploités et survoltés. Peut-être que j'ai des désirs tout de même. Mais ils dorment. Je ne tiens pas à les réveiller. Qu'ai-je comme désirs? Que l'on me fiche la paix. Que les désirs des autres me laissent tranquille et qu'ils ne veuillent pas m'engager à leur suite. Je désire surtout ne pas avoir de désirs. Je m'aperçois que j'en ai pourtant. Bon, le désir des femmes s'est éteint. Pour toujours j'espère. D'ailleurs je ne désirais que faiblement. C'est ce que m'a sauvé des femmes, mais j'ai tout de même envie de boire du vin. Cela réveille un petit peu ou cela entretient un très léger désir de vivre. Autrement, tout se serait déjà éteint, je serais déjà mort."
"Entouré par le monde mais pas au monde."
"Nous subissons. Je subis. Que je me contente de subir. Voilà déjà la résignation. Et chaque fois qu'il y a un peu de résignation en moi, je me sens soulagé. Une sorte de calme, un repos. Je vais m'endormir. Sois calme."
"Chaque aube est un commencement ou un recommencement. C'est une résurrection. La mort s'éloigne, elle va se cacher hors du jour."
"J'ai le vertige et j'ai peur de l'ennui; (...) Si on écrit sur l'ennui, c'est que l'on ne s'ennuie pas. L'ennui paralyse ou ne vous fait faire que des actions destructrices ou vous met dans un état voisin de la mort. C'était insupportable. Personne ne pouvai m'aider. Je ne pouvais m'accrocher à rien."
"Ce n'était pas l'angoisse, c'était l'ennui, un ennui matériel, un ennui physique, ni bouger, ni rester ni assis ni débout. Tout était souffrance, gangrène de l'âme. (...) L'ennui est pire que l'angoisse, c'est même le contraire, quand on est angoissé, on ne s'ennuie plus; je passais comme ça de l'ennui à l'angoisse, de l'angoisse à l'ennui."
"Un mort qui ne serait pas mort, un vivant qui ne serait plus vivant."
"Ce mal de tête et cette nausée! Il y avait un seul remède: le verre de cognac, plutôt deux verres de cognac".
"La nausée du vide. Et puis la nausée du trop-plein. Comment cela pouvait-il tenir encore et opur combien de temps, si le temps était. Il n'y avait peut-être que de l'instantané."
"J'avais surtout le sentiment d'un manque".
IONESCO, Eugène. Le solitaire. Paris: Mercure de France, 1973.
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